Et moâ, et moâ, et moâ

18-06-2007

       « Ah! Que les gens sont méchants de ne pas m'aimer
   autant que je m'aime. Ils ont autant d'indifférence pour
   moi... que j'en ai pour eux... »
(Tristan BERNARD)

Notre monde serait-il devenu complètement parano?

Les Flamands veulent plus des Wallons, ces poids morts économiques. Les Italiens du nord en ont marre, eux, de se taper la misérable Italie du sud, ce boulet. Les Johnny, enrichis par un peuple de fans, refusent de reverser aux organismes sociaux (aidant ces fans) une partie de leurs béneffes, pourtant (si vous voulez mon avis) vachement disproportionnés. Quand on gagne des millions rien qu'à pousser la chansonnette (ou à taper dans un ballon), on devrait avoir au moins la décence de considérer l'impôt comme un remis de justice.

Les riches veulent plus des pauvres (ça, c'est pas nouveau). Les travailleurs rechignent à payer pour les « assistés » (si un jour ils sont au chômage, ils changeront d'avis). Les fumeurs font la gueule aux non-fumeurs qui les ostracisent. Les éléphants du PS bouffent du jeune lion (mais ça, que les vieux soient obligés de donner des coups de dent aux jeunes pour pas se faire sortir du troupeau comme has been, c'est pas nouveau non plus, voir l'écho des savanes). Le microscopique parti communiste ne compte pas moins de douze tendances, nous dit-on aujourd'hui. Chacun pour soi, juste l'étiquette pour tous!

...Et je vous parle pas des pauvres civils Irakiens ou Palestiniens qui se prennent des coups de deux côtés différents, tous de même nationalité. Le fin du fin.

Même les femmes qui s'y mettent, au secours! Bon nombre d'entre elles veulent plus d'enfants, non mais sans blague, c'est franchement chiant, les gniards, ça fait un boucan pas possible! Les décibels, c'est supportable qu'au casque, ou en bagnole. A la maison, pouac! Remarquez, celles-là, au moins, elles sont logiques avec elles-mêmes et y a que la démographie qu'en souffre. Alors qu'en Espagne d'autres femmes s'en viennent avorter légalement à des sept-huit mois de grossesse. A une époque où on considère comme VIABLES des foetus de cinq mois et demi (grands prématurés) qu'on s'acharne à maintenir en vie, c'est plus de l'IVG, c'est du massacre, comme les bébés-phoques; quand c'est au Canada, ça vous hurle d'indignation sur la banquise, mais pour un petiot humain tout fini qu'on balance à la poubelle, y a personne qui proteste dans toute l'Europe! Elle sert à quoi, l'Europe? A engraisser le profit, point barre? A dégueuler, je vous dis.

Joli monde, vraiment! Les faibles, barrez-vous! Otez-vous de mon chemin, venez pas me faire de l'ombre si vous avez pas un lobby derrière! Nan mais c'est quoi ces rois de la débine, paumés, ratés, chômeurs, SDF, foetus, vieillards, gens du sud, qui voudraient qu'on les traite en êtres humains, avec un respect minimum? On rêve ou quoi? Taillez-vous dans les coins d'ombre, vils petits rats loupés, infoutus de faire du fric! Hors de notre vue!

Voilà ce que le glorieux XXIe siècle a produit en fait de progrès : l'émiettement de toute conscience morale au profit d'un individualisme mercantile galopant. « La liberté est un bien précieux, raillait Tristan Bernard, mais il faut avoir un petit capital d'exploitation pour le cultiver. » Or qu'est-ce que la liberté de chacun, sinon quelque chose que doit impérativement limiter le souci du bien commun? Hélas! Reflux total des écrans de l'obsolète « bien commun »! Bien commun mes fesses. Bien commun y a pus. Et c'est pas nos tribuns politiques qui vont le réhabiliter, le bien commun, eux qui pensent pas le moins du monde au bonheur du peuple, juste aux énormes privilèges qui les attendent sous leur petit siège rouge doré de député ou de ministre. Si vous me croyez pas, payez-les au SMIC, et vous verrez ceux qui l'ont franco, la vocation du bien commun. C'est qu'on est loin de l'intransigeance modeste d'un Zapata, et de son « mandar obedeciendo » (commander en obéissant), la plus belle formule politique qui soit!

Enormes privilèges de nos élus, oui, entre autres, qui faussent toute la donne biencommunale. C'est que quand même, UN député, par exemple celui de Wallis et Futuna (15.000 habitants et trois rois), ça coûte en frais divers 900.000 euros par an à la République! De quoi avoir envie de serrer des mains sur les marchés, pas vrai? Et pour quel boulot? Y a même pas de pointeuse à l'entrée du Palais-Bourbon. Des gens qui gagnent sur nos sous des sommes pareilles, et qu'on oblige même pas à ETRE LA, alors que le smicard y va se faire virer pour absentéisme au deuxième trou d'air???

Personne en a rien à cirer du bien commun, au Palais-Bourbon ou ailleurs. Celui qu'on admire, c'est pas le dévoué, c'est le richard. Bien commun! Grotesque. Profits particuliers, oui. En-dehors de ça, macache Bonnot, je considère pus rien d'autre, faut pas me prendre pour un débile! Nan mais sans blague, pourquoi que les actionnaires qui en foutent pas une en fait de sueur ils auraient pas le droit de toucher mille fois plus que l'ouvrier qui trime, hein? Ils ont pas risqué leur capital, peut-être? Vous connaissez quelque chose qui soit plus usant que risquer son capital? Plus grandiose en fait de peine qui mérite salaire? Franchement...!

Matraqués, les droits de l'homme. Faudrait ajouter quelque chose à la Déclaration qui en cause: « Tous les hommes destinés à devenir riches naissent libres et égaux en droits. » Les autres? Ben les autres ils prient tous les soirs: « Ah! Que ne suis-je riche, pour venir en aide au pauvre que je suis! » (Tristan Bernard, toujours). Les autres, face à la meute des égoïsmes exacerbés, dans un monde où personne en a plus rien à foutre de personne, les autres, les faibles, les démunis, les traînards, qu'ils crèvent, qu'ils crèvent sous les yeux de ceux qui, sur la banquise ou à la banque, détiennent le fusil!

Tolérance degré zéro. Allergie à toute compassion, compréhension, à tout désir très humain, humaniste, de respecter, de partager, de soulager... On s'endurcit, on se barricade, on exploite à l'aveugle le Capital, sans se soucier jamais des dégâts humains. Sociaux.

Mais où qu'y sont, les socialos?
Gauche, y es-tu? Gauche, que fais-tu?

Je baisse ma cûûûloooooootte!

Ariane JOUHANANT

P.S.: Contre cette atomisation du coeur, lire le beau livre d'Amartia Sen, Identité et violence. Où l'on voit que si l'humanisme est moribond en Europe, eh bien, Dieu merci, il n'en va pas de même partout. Mais que notre salut moral nous vienne de l'Inde, patrie de Gandhi, n'aurait rien au fond pour me surprendre.

Retour